Si vous êtes déjà tombé amoureux d’une robe, d’une veste ou même d’un simple T-shirt aperçu à l’écran en vous disant que vous aimeriez le posséder, une petite boutique nichée derrière la butte Montmartre a exaucé ce rêve. En juin 2025, une friperie unique en son genre baptisée La Loge a ouvert ses portes dans le 9e arrondissement de Paris, ne vendant que des vêtements authentiques ayant réellement été portés dans des films, des séries et des publicités. D’un T-shirt H&M à moins de 10 euros (environ 12 dollars) à une chemise Versace affichée à 170 euros (environ 197 dollars), chaque pièce présentée sur les portants a déjà eu son propre moment devant une caméra.
Une friperie née des véritables garde-robes de tournage
La Loge n’est ni une boutique de location de costumes, ni une enseigne thématique proposant des imitations. Tout ce qui est accroché ici est authentique : un acteur a réellement porté cette pièce pendant le tournage, qu’il s’agisse d’une robe de créateur issue d’une production Netflix ou d’un jean porté par un figurant à l’arrière-plan d’une scène. Chaque vêtement porte sa propre petite étiquette en papier indiquant le titre de la production, le personnage qui l’a porté, et parfois même la scène concernée. Choisir un vêtement ici ressemble moins à fouiller dans un portant qu’à tenir entre ses mains un fragment d’une histoire déjà racontée à l’écran.
Le nom lui-même porte un sens fort. En français, « la loge » désigne la loge d’acteur, cet espace intime où un comédien se transforme en personnage avant d’entrer en scène. Les fondatrices ont voulu que chaque visiteur ressente un peu de cette même magie : essayer des vêtements devient ici un petit rituel, celui d’entrer dans un autre monde, ne serait-ce qu’un instant.
Du plateau de tournage directement à la boutique
Dès l’entrée, on est accueilli par de lourds rideaux de velours rouge et un sol bordé de fauteuils de théâtre, les mêmes que ceux autrefois utilisés dans l’historique cinéma parisien Élysées Lincoln avant sa fermeture. On a réellement l’impression d’avoir pénétré dans les coulisses d’un tournage plutôt que dans un magasin de vêtements. Au fond, dans la cabine d’essayage, un miroir cerclé de LED, le genre utilisé par les acteurs pour se maquiller avant une scène, attend les plus curieux. Sous ces lumières, l’espace d’un instant, on pourrait presque se sentir comme la vedette de son propre film.
Un exemple particulièrement parlant : un jean porté par l’actrice Anne Marivin dans le rôle de « Prune » dans la série française à succès Ça c’est Paris, vendu 60 euros (environ 70 dollars). Le prix seul ne dit pas tout. Pour une fan de la série, posséder cette pièce précise vaut bien plus que son étiquette.
Deux femmes issues du cinéma derrière ce projet
La Loge a été fondée par deux femmes qui ont passé des années dans les coulisses du cinéma et de la publicité françaises : Mélody Collange, connue sous le nom de Mélococo, styliste et créatrice de costumes, et Sarah Gélin, productrice de cinéma. Au fil de leurs carrières, toutes deux ont observé, encore et encore, le même schéma frustrant. Une fois le tournage terminé, des montagnes de costumes, souvent à peine portés et en excellent état, finissent entassés dans des entrepôts pour une durée indéterminée. Beaucoup ne servent plus jamais et finissent tout simplement jetés.
« C’était du gâchis, et ce n’était pas bon pour l’environnement non plus », se souviennent avoir pensé les deux fondatrices. Cette simple frustration, associée à l’envie de redonner un coup de projecteur à ces costumes, est à l’origine de tout le projet.
Le déclic est venu lorsque Mélody, en visite à Los Angeles, a découvert It’s a Wrap, une boutique spécialisée dans les costumes de cinéma d’occasion. Voir avec quelle naturel les Américains adoptaient l’idée de porter au quotidien de véritables pièces de garde-robe issues de tournages l’a profondément marquée, et elle a décidé d’importer ce concept en France.
La collecte a débuté en novembre 2023. Le bouche-à-oreille s’est répandu parmi les producteurs et les équipes costumes, nombreux à être soulagés de trouver enfin un débouché pour des costumes qui, sinon, seraient restés inutilisés. Après de longs mois de lavage, de réparation et de tri minutieux, La Loge a finalement ouvert ses portes en juin 2025, introduisant à Paris une toute nouvelle culture de la seconde main, fondée à la fois sur le respect de l’environnement et sur un véritable amour du cinéma.
Des vêtements qui ont une histoire à raconter
Aujourd’hui, la boutique propose des costumes authentiques issus d’une quarantaine de productions différentes. Parmi les titres notables ayant fourni des pièces de garde-robe :
- Le film Netflix Sentinelle
- La série à suspense Anthracite
- Le thriller Rapaces
- Des publicités télévisées pour Perrier et KFC
- Des accessoires et vêtements utilisés dans diverses productions YouTube
Chaque étiquette détaille les informations de production, transformant le simple fait d’essayer un vêtement en une expérience proche de celle de porter un fragment de mémoire en mouvement. Les prix couvrent une large fourchette, rendant la boutique accessible aussi bien aux curieux qu’aux collectionneurs avertis :
| Article | Prix |
|---|---|
| T-shirt H&M | Moins de 10 euros (environ 12 dollars) |
| Chemise Versace | 170 euros (environ 197 dollars) |
| Jean d’Anne Marivin dans Ça c’est Paris | 60 euros (environ 70 dollars) |
| Costume Paul & Joe (prix d’origine supérieur à 1 000 euros / environ 1 160 dollars) | 400 euros (environ 464 dollars) |
Les articles les plus prisés, notamment les chaussures Repetto, partent presque instantanément, et les habitués passionnés de chine reviennent sans cesse dans l’espoir de dénicher la prochaine pièce rare avant tout le monde.
Recycler les costumes pour réduire l’empreinte carbone du cinéma
Derrière La Loge se cache aussi une véritable démarche environnementale. Depuis 2024, les productions cinématographiques françaises sollicitant un financement public auprès du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée) doivent obligatoirement fournir un bilan carbone de leur tournage. Le recyclage des costumes est rapidement devenu un levier concret pour les productions souhaitant réduire cette empreinte.
La démarche de La Loge reflète ce même souci environnemental à chaque étape :
- Les costumes sont récupérés directement auprès des productions à la fin du tournage
- Chaque pièce est soigneusement lavée, réparée et triée
- Les articles ne sont mis en vente qu’après la sortie du film ou de la série
- Les étiquettes mentionnent uniquement la production et le nom du personnage ; les noms des acteurs ne sont pas communiqués, afin de protéger leur droit à l’image
Ce système, mené avec soin et respect, a été salué au sein même du secteur du cinéma comme une véritable avancée vers la fin de la culture du costume jetable après un unique usage.
Le bouche-à-oreille, et un mercredi très prisé
En quelques semaines seulement après son ouverture, La Loge est devenue une adresse très suivie sur les réseaux sociaux, attirant une clientèle joliment variée : Parisiens, touristes, étudiants en création de costumes et abonnés Instagram de Mélococo se sont mis à affluer. Certains visiteurs arrivent avec une mission bien précise : dénicher le T-shirt exact porté à l’écran par leur acteur préféré. Pour beaucoup, La Loge est devenue moins une boutique de passage qu’une véritable destination.
Le mercredi revêt ici une signification particulière, puisque c’est traditionnellement le jour de sortie des nouveaux films en salles françaises. Pour marquer l’occasion, La Loge met en vente un petit lot limité de costumes issus du film sorti cette même semaine, permettant aux fans de voir un film et d’en acheter une véritable pièce de garde-robe le jour même, une offre remarquablement rare partout dans le monde. Ces pièces étant uniques, le mercredi est de loin le jour le plus fréquenté et le plus disputé.
Un défi de tailles, et des projets d’expansion
Les fondatrices reconnaissent un défi bien réel : la plupart des costumes de cinéma sont taillés pour des comédiens dans une fourchette de tailles assez restreinte, environ du 36 au 42 en tailles françaises (S à L au Japon), simplement en raison du fonctionnement habituel des équipes costumes de tournage. Cela laisse un véritable manque pour les client(e)s en dehors de cette fourchette.
« La mode est faite pour être appréciée par tout le monde. Nous voulons combler cet écart de tailles autant que possible », explique Mélococo.
Pour y répondre, la boutique a lancé une ligne distincte baptisée Mélococo Sélection, une sélection de vêtements vintage allant du XS au XL et au-delà, choisis avec l’œil averti de la styliste, aux côtés des costumes de cinéma, afin de rendre l’espace accueillant pour toutes les morphologies.
Pour l’avenir, les fondatrices espèrent pouvoir un jour proposer également des costumes issus de productions internationales. Les visiteurs demandent régulièrement une possible collaboration avec la série à succès Emily in Paris, et les fondatrices resteraient en contact avec l’équipe de production de la série au sujet d’éventuelles opportunités futures. À plus long terme, elles explorent des partenariats avec des sociétés de production aux États-Unis et en Europe, dans l’idée de bâtir une véritable chaîne d’approvisionnement de costumes à l’échelle internationale.
Des projets pensés pour les familles sont également en préparation. Face à l’augmentation des parents venant avec leurs enfants, la boutique prévoit d’ouvrir un espace dédié aux costumes pour enfants en septembre 2025, offrant aux plus jeunes la possibilité de se déguiser avec des tenues inspirées de leurs jeunes acteurs préférés.
Chronologie : la naissance de La Loge
| Date | Étape |
|---|---|
| Années précédentes | Mélody Collange et Sarah Gélin évoluent dans le cinéma et la publicité françaises, constatant régulièrement que des costumes restent inutilisés après les tournages |
| Avant 2023 (date non précisée) | Mélody découvre « It’s a Wrap » à Los Angeles et décide d’importer le concept en France |
| Novembre 2023 | Début de la collecte des costumes, avec le soutien de producteurs et d’équipes costumes |
| Juin 2025 | Ouverture officielle de La Loge au 17 rue Condorcet, Paris 9e |
| 2025, en continu | La boutique gagne en popularité sur les réseaux sociaux ; les événements du mercredi deviennent une signature |
| Septembre 2025 (prévu) | Ouverture prévue d’un espace dédié aux costumes pour enfants |
Visiter La Loge
Si un séjour à Paris est à votre agenda, La Loge mérite vraiment le détour, que vous soyez un(e) cinéphile passionné(e) ou simplement amateur/amatrice de belles trouvailles de seconde main avec une histoire à raconter.
Nom de la boutique : La Loge Store
Adresse : 17 rue Condorcet, 75009 Paris
Stations de métro les plus proches :
- Poissonnière (ligne 7), environ 3-4 minutes à pied
- Anvers (ligne 2), environ 6 minutes à pied
- Cadet (ligne 7), environ 7-8 minutes à pied
Instagram : @la.loge.paris
Quelle que soit votre taille, votre budget ou votre genre de film préféré, La Loge offre quelque chose que peu de boutiques dans le monde peuvent proposer : la possibilité de repartir en portant un véritable petit fragment de cinéma.
J’ai toujours aimé les vêtements de seconde main, en particulier ceux, lumineux et espiègles, des années soixante-dix et quatre-vingt. Des pièces pleines d’humour, le genre de vêtements et d’accessoires qui semblent revendiquer leur propre personnalité.
Une friperie en particulier m’a laissé un souvenir tendre. Elle se trouvait dans le Marais. L’endroit dégageait une énergie merveilleusement nonchalante, si détendue que je me demandais parfois comment ils arrivaient à payer le loyer. Les gens entraient avec des sacs en papier ou des cartons remplis de vieux vêtements, et la femme derrière le comptoir jetait le tout dans un immense bac sans rien trier, avant de retourner feuilleter un magazine ou téléphoner. Elle portait toujours des T-shirts de rock vintage avec un vrai style, alors j’imagine qu’elle aimait sincèrement les vêtements de seconde main elle-même. Comme elle ne prêtait quasiment aucune attention aux clients, mes amis et moi passions des heures à essayer des chapeaux tulipe et des lunettes en forme de libellule, riant jusqu’à en avoir mal au ventre.
Un jour, j’ai acheté d’énormes lunettes de soleil carrées et blanches, du genre que Michel Polnareff aurait pu porter, accompagnées d’un pantalon pattes d’éléphant et d’un châle en plumes duveteuses, le tout pour environ 20 euros, et je les ai portés à une soirée. Il y avait aussi un bonnet de bain entièrement recouvert de fleurs qui me semblait être une véritable œuvre d’art, même si je n’ai jamais eu le courage de le porter dehors. Les motifs et les couleurs de certaines pièces dépassaient largement le simple mot « pop ». J’envie encore un peu cette époque où l’on pouvait porter des tenues aussi audacieuses en se promenant simplement dans la rue.
Peu importe le nombre de lavages, quelque chose de l’époque qu’un vêtement de seconde main a traversée semble ne jamais vraiment s’effacer. Quels paysages a-t-il vus ? Quelles histoires porte-t-il ? S’il pouvait parler, j’aimerais tant l’écouter. Peut-être que l’un d’eux a été porté lors d’une manifestation étudiante. Peut-être qu’un autre a assisté au concert d’un artiste aujourd’hui disparu. Peut-être qu’ils se souviennent encore des rues d’un Paris d’une autre époque.
Aujourd’hui, même en France, la seconde main s’est en grande partie déplacée en ligne, les boutiques physiques peinant de plus en plus à être rentables. Mais je reste convaincu que les vêtements de seconde main méritent d’être essayés en personne, et pas seulement pour le plaisir. Contrairement aux vêtements neufs, les pièces de seconde main choisissent leur porteur. Même quand le style correspond, un vêtement peut tout simplement refuser de vous aller (ce qui est aussi une forme d’amusement), tandis qu’une pièce inattendue peut vous aller comme si elle vous avait toujours appartenu. On a presque l’impression que l’ancien propriétaire se tient à côté du miroir, à évaluer discrètement si l’on est digne de prendre sa place.
C’est exactement pour cela qu’en entendant parler de La Loge, j’ai ressenti une vraie excitation. Ce sont des vêtements qui ont, à leur manière, auditionné pour un rôle sur un tournage, et attendu d’être choisis. Les vêtements aussi passent des castings, en quelque sorte. Pour quelle raison ont-ils été sélectionnés, et dans quelle scène ont-ils fini par jouer un rôle ? Si seulement, au moment de les enfiler, leurs souvenirs pouvaient nous revenir avec eux.
J’ai même entendu dire que des costumes de l’une de mes séries préférées, Ça c’est Paris, avaient fait leur entrée dans la boutique. C’était une série glamour et profondément parisienne de l’année dernière, avec une distribution changeante d’acteurs populaires, et son titre résume bien son propos : « c’est ça, Paris ». Monica Bellucci y apparaissait même dans son propre rôle. La série montre tant de lieux emblématiques de la ville qu’on a l’impression de faire du tourisme depuis son canapé, tout en découvrant la façon dont s’habillent réellement les Parisiennes au quotidien. Une sorte de version plus adulte d’Emily in Paris.
Habituellement, les costumes portés par des stars se vendent avec une prime, à un prix plus élevé. Ce qui rend cette boutique rafraîchissante, c’est que tout y est simplement traité comme du vêtement d’occasion, à des prix bien plus bas qu’on ne pourrait s’y attendre. Cela dit, si jamais des costumes d’Emily in Paris venaient à arriver, je soupçonne qu’il y aurait une vraie ruée pour se les procurer. La série n’est pas particulièrement populaire en France, souvent jugée trop caricaturale et simpliste, si bien que ses costumes pourraient finir traités comme de simples vêtements de seconde main. Pourtant, la série reste immensément populaire à l’étranger, en particulier aux États-Unis, et je pourrais facilement imaginer la boutique devenir un véritable lieu de pèlerinage touristique à cause d’elle.
D’ailleurs, les fans de la série font déjà la queue devant le café où Emily et ses amis vont discuter (en réalité un restaurant), ainsi que devant la boulangerie où elle achète son croissant. La file est toujours longue, mais tout le monde y est habillé exactement comme Emily, et chacun semble sincèrement heureux, simplement en attendant. Les voir me met, moi aussi, étrangement de bonne humeur. J’espère juste que personne ne cherchera à cibler ces fans en achetant des costumes bon marché pour les revendre aux enchères avec profit.
La mode porte des histoires en elle, et parfois, c’est la mode qui crée l’histoire. Si vous choisissiez une tenue en accord avec votre humeur du jour, celle portée dans un film à suspense, ou celle d’une comédie romantique, peut-être vivriez-vous, l’espace d’une journée, votre propre petite scène de cinéma.
L’image utilisée dans cet article a été créée à l’aide de l’IA (Google Gemini).
Sources
- La Loge Store — Sortir à Paris
- La Loge, la friperie cinéma parisienne — Paris ZigZag
- La Loge Store, la friperie qui offre les vêtements de nos stars préférées — CitizenSide
- La Loge Store : la friperie des vêtements de tournage — Ici Beyrouth
- Quand les costumes de film trouvent une seconde vie à Paris — Paris Friendly
- La Loge Store — Instagram









